LES MORSURES DE L'AUBE Qui prétend que la nuit appartient aux morts-vivants ?
Qui prétend que les ombres masquent les criminels ?
Je vis dans le noir car la lumière éblouit les innocents,
Je vis dans le noir car le jour anéantit le réel.
Qui a dit que la nuit tous les chats étaient gris ?
Qui a dit que les tueurs fredonnaient à la lueur des étoiles ?
Moi je dis que la pénombre dissimule le mépris,
Je dis que la clarté lunaire fait scintiller les fleurs du mal.
Minuit est le refuge des âmes an peine,
Un pur instant de paix dans l'horloge infernale du temps,
L'ombre est mon amie, elle abrite les coeurs souffrants,
Alors que la vie nous trahie et que le monde nous enchaîne.
Nos vies s'éclairent lorsque les lumières s'éteignent,
Lorsque l'agitation et le délire meurent et que le silence règne,
J'ouvre enfin les yeux quand les étoiles s'éveillent,
Quand le berceau lunaire devient argenté et l'astre solaire vermeil,
J'ai peur du lever du jour, je crains ce soleil meurtrier,
Il rallume les braises incandescentes de la folie,
Il consume nos corps et attise les flammes abyssales,
A nous la noirceur de la cendre, à vous la blancheur du cristal,
Abandonnez le bleu du ciel si vos corps saignent,
Epargnez vos âmes pendant que nous sauvons les nôtres,
Je veux hanter la nuit des temps, je veux devenir une autre,
Je veux succomber à l'attraction de la fièvre qui m'imprègne...
Le jour se lève en cette heure crépusculaire,
J'ai décidé de mourir sous les morsures de l'aube,
J'ai décidé de partir alors que la nuit change de robe,
Je quitterai la lumière à jamais pour rejoindre l'enfer.
L'eau bénite de mon baptême jaillira de mes veines,
Le supplice prendra fin et je pourrai sacrifier mon éternité,
Alors vous prierez votre seigneur pour qu'il épargne votre chair mutilée,
Vous prierez au nom de votre foi et contre l'ardeur de ma haine,
Mais rien n'y changera, un être vivant est un être de chair,
Je dispenserai une mort sanglante à tous les êtres de misère,
Ils mourront sous les morsures de l'aube crépusculaire,
Leurs tombes vides seront gardées par des anges de pierre...
Il n'y aura ni agonie ni souffrance lorsque le jour s'endeuillera. |