Il n’y a pas d’amour ou de désir. C’est autre chose encore. Tu me fais pensé au lieutenant Drogo du Désert des tartares de Buzzati. Tu es celle qui guette l’homme. On dirait que ta vie s’est cristallisée dans ce rôle de vigie. C’est ton rôle de regarder, de surveiller, de saisir ce garçon, ses faits, ses gestes, ses expressions. C’est devenu un aveu d’impuissance devant l’incompréhension humaine qui te lie à lui. Jusqu’à aujourd’hui ta mission te convenait. Tu avais l’impression, dans une fuite imaginaire dans le temps, de poser des jalons, d’exister en apprenant, en répétant, en épiant. Et le temps qui flottait sans consistance est soudain venu te rappeler à l’ordre pour te dire qu’il était temps, justement, de faire une sortie avant de mourir de soif dans ton fort de solitude. Tu t’es réaffectée, soldat shuffle33, dans la cavalerie légère, et tu n’as jamais chevauché. Cela va se voir et je crois que ce serait une erreur de vouloir jouer à la voltigeuse alors que l’on tient très mal en selle. Tu n’es pas l’otage du temps. L’ignorer, c’est aussi le maîtriser et le vaincre. J’ai lu là de bons conseils donnés par Vick et Lorel mais si tu gardes en tête qu’il ne te reste que trois mois, tu vas forcer l’allure et prendre une gamelle. Dans chaque domaine, il faut lire et apprendre, pour à la fin maîtriser au moins le maîtrisable. Je te rappelle la fin du roman. Quand les tartares, à savoir la mort, attaquent, rien ne peut plus arrêter cette force surhumaine. Que ta mort soit l’amour. Qu’il vienne tard mais qu’il vienne fort.
__________________ Tout l’or du monde est dans tes yeux, dommage. |