Discussion: Perdu d'avance...
Afficher un message
  #1  
Vieux 28/03/2005, 23h29
lalwende lalwende est déconnecté
 
Date d'inscription: octobre 2004
Messages: 11
Envoyer un message via MSN à lalwende
Par défaut Perdu d'avance...

Mon texte est un peu long, je sais...
Mais prenez la peine de le lire, je l'aime bien!

Perdu d’Avance…

Il lui avait promis de revenir. Promis de revenir d’outre-mer inchangé. Mais, l’homme qui se tenait devant elle n’était plus celui qu’elle avait connu. Le jeune homme heureux et plein d’entrain avait cédé sa place à un homme renfermé et taciturne. Il était aussi froid que l’hiver qui commençait à poindre son nez. Elle avait versé tant de larmes amères depuis son départ, mais elle en versait davantage depuis son retour. L’homme qu’elle avait aimé était mort au front et ce n’était qu’un maigre substitut sans âme qui avait pris sa place. Ce qu’il lui manquait l’homme qui lui avait dit je t’aime par un soir d’été et qui l’avait embrassé si tendrement. Avait-il oublié tout cela en seulement quelques mois? Pouvait-il avoir oublié l’homme qu’il était?

Le sang coule le long de sa joue. Pourtant, il n’est pas blessé. C’est le sang d’un de ses compatriotes, qui est étendu dans la vase, laissant s’échapper la vie en un dernier soupir d’agonie. Les soldats ennemis les encerclent, menaçant à tout instant de leur voler la vie. Mais, le soldat Miller a son jardin secret dans ce purgatoire. Il la revoit. Coralie. Sa femme, celle qui l’aime et qui l’attend à la maison. Une balle siffle près de son oreille et le rappelle à la sanglante réalité. Un de ses compagnon d’arme lui agrippe la jambe, lui demandant de l’aider. Il jette un regard sommaire à son état. Il voit tout de suite que son ami n’a aucune chance de salut. La balle ennemie lui a traversé le cœur, telle la flèche de Cupidon, mais celle-là est beaucoup plus meurtrière. Il essaie de se souvenir du nom de celui qui s’apprête à rendre son dernier souffle. Sous la vase dont il est couvert, il réussit à reconnaître les traits de son visage, tordus par la douleur. Mike Wald. Sa première nuit à l’armée lui revient en mémoire. Mike, nouvellement engagé comme lui, et lui avaient tout de suite sympathisé. Il tente de se souvenir du nom des êtres qui lui était cher. Son cœur fut meurtri lorsqu’il se souvint que ses deux enfants et sa femme adorée l’attendent de l’autre côté de l’océan. Lorsque l’agonisant n’en fut plus un, il abaissa les paupières crispées par les dernières douleurs de la mort.

Un cri retentit, aussi glacial que les vents qui faisaient craquer les vieux murs de leur nid d’amour. Un cri d’horreur intense qui déchira les tympans de la jeune femme qui dormait aux côtés de celui qui l’avait poussé. Le jeune homme se releva subitement sans même jeter un regard à sa femme et sortit précipitamment de la petite maison. Il entendit les marches craquer sous le pas, pourtant léger, de son épouse. Il fit mine d’ignorer sa présence jusqu’à ce qu’elle pose sa blanche main sur son épaule tremblante. Elle l’obligea à se retourner et à la regarder dans les yeux. Les yeux du jeune homme étaient remplis de souffrance. Une souffrance si immonde qu’il n’arrivait plus à voir tout l’amour qu’il y avait autour de lui. Il ne pouvait que revoir ces mêmes images, tous les drames qui le marquaient aujourd’hui du sceau de l’interminable tourment. Un tourment dont il arriverait, tant bien que mal, un jour, à se sortir. Elle le ramena tranquillement dans leur chambre. Elle le borda, tel s’il se fut s’agit d’un enfant effrayé après un terrifiant cauchemar. Mais, ce cauchemar ne disparaîtrait jamais, les chimères s’emparant déjà de son âme.

Il entre dans le camp, épuisé et brisé. Ses bras, ses jambes, ses poumons, son cœur, son cerveau, ses yeux, tout semble le faire souffrir. Même son âme hurle de douleur. Alors qu’il approche de son maigre logis, il entend les hurlements d’une femme et les rires gras de ses compagnons. Il oblige ses jambes à courir les derniers mètres qui le séparent de cette femme. La vision qui s’offre à ses yeux rougis de douleur le frappe comme une balle. Une jeune femme est étendue sur une table, les jambes grossièrement écartées. Elle tente, bien vainement, de se couvrir d’une quelconque protection. Mais, les hommes lui ont tout enlevé. Sa poitrine s’offre aux caresses des hommes en manque d’amour. Ses jambes, longues et foncées, tentent d’atteindre un des assaillants, mais, encore une fois, cet effort reste vain. Un des hommes s’avance vers elle, une lueur folle dans l’œil, et prend son plaisir alors que la jeune femme hurle ses suppliques. Mais, l’homme ne cesse pas, sa virilité prenant le dessus sur son esprit. Le jeune soldat observe la scène, un sentiment de dégoût lui empoigne le cœur. Il se dit qu’il doit la sauver, mais, après tous les essais qu’il a faits pour sauver une de ces femmes maltraitées, il n’en a pas le courage. Il leur hurle d’arrêter, de ne pas souiller davantage ce pays. Il leur demande de ne pas faire couler plus de larmes, de ne pas briser plus de vie. Mais, la seule réponse provenant de ses compagnons ne sont que grossièretés et ignominies. Il retourne dehors et tente d’ignorer les hurlements de la pauvre femme en train de souffrir mille maux pour satisfaire ces hommes qui devraient être là pour la protéger. Pour la libérer de l’oppression des hommes de son pays. Mais, les soldats, envoyés pour leur donné la paix, les tourmentent plus qu’ils ne l’étaient. Ils ancrent en leur cœur et leur âme une haine et un désespoir en la race humaine. Aucun espoir ne leur reste. La mort est une amie qu’ils appellent ardemment…

Un autre cri déchira la nuit.

La jeune femme sursauta et se redressa. Elle tendit les bras vers son mari, mais, au lieu de tomber sur ses bras rassurants, ils ne rencontrèrent que le vide. Elle alluma la lumière et le chercha des yeux. La chambre était vide. Vidée de la vie et de l’amour qui l’avait, un jour qui semblait si lointain, habitée. Les yeux dans le vague, la jeune femme tenta de comprendre ce qui arrivait à l’homme qu’elle aimait, mais en vain. Elle ne pouvait comprendre ce qui le tourmentait, car elle n’avait pas vu ce qu’il avait vu. Elle ne pouvait que compatir et tenter de lui redonner la vie. Si seulement il lui laissait cette chance…

Elle descendit les escaliers, à sa recherche. Elle l’appela, de sa voix chantante, mais aucune réponse ne parvint à ses oreilles. Elle enfila l’anorak qu’il lui avait offert avant son départ et ouvrit la porte. La bourrasque envahit son visage et ses cheveux noirs s’envolèrent, emportés par ce vent. Elle fixa l’horizon et y distingua une ombre. Elle reconnut les larges épaules et la démarche de son tendre amoureux. Elle le regarda disparaître. Convaincue que cette fois il ne reviendrait pas. Elle savait qu’il n’arriverait pas à vaincre son ennemi, le désespoir. Elle laissa les larmes rouler sur ses joues, le regard perdu. Il neigeait…

Le froid prit d’abord d’assaut son cœur. Elle se laissa glisser le long du mur gelé de la maison. Sur le sol givré, elle se laissa submerger par la peine qui l’envahissait. Une enveloppe, portée par le vent, s’arrêta à ses pieds. Elle retira ses gants et l’ouvrit. À travers ses cils gelés, elle distingua l’écriture de son amour.

Ma douce et tendre,
J’ai tenté d’être l’homme que j’étais, dans ces temps de vies et de rêves brisés. Je me suis tenu bien droit lorsque le temps de la bataille est venu, tenant entre mes mains ce qui fut ma vie. Mais, ce n’est que maintenant que j’ai peur. Ce monde est fou, Coralie. Mes rêves, nos rêves, se fanent en mon esprit. Tout ce que je veux, c’est ma vie, telle qu’elle était avant que je parte outre-mer. Nos si grands dirigeants avaient promis que ce Dieu en lequel nous croyons nous aiderait à vaincre, mais maintenant je doute. Je me demande quel sentiment m’habite. Je me demande si je vais aussi bien que je te l’ai dit.

Personne ne peut me sauver. Pas même toi, ma belle colombe. Pas même l’amour dont tu me couvres, pas même la beauté et la tendresse que tu m’offres. Rien de tout cela ne me fera oublier ce que j’ai vu.

Quand je m’éveillerai, tu seras à mes côtés et tout sera comme avant. Mais, à quand ce réveil…?
Je t’aime
Soldat James Miller xxx

Les larmes roulaient sur ses joues rougies par le froid. Elle se mordait les lèvres au sang pour ne pas hurler sa détresse. Pour ne pas hurler sa peine d’avoir perdu l’homme qu’elle aimait plus que tout. Ses pensées obscures en tête, les larmes gelées sur ses joues, le cœur aussi froid et aussi dur que la pierre, elle se laissa sombrer dans un sommeil qu’elle crût réparateur. Et il le fut.

Un grand jardin. Voilà la vision qui s’offrit à elle. Au loin, James lui sourit et l’appela de sa voix grave. Elle accourut et il l’entoura de ses bras. Elle tournoya quelques secondes avant qu’il la dépose. Ses lèvres se posèrent sur les siennes et scellèrent ce serment mille fois répété. Celui de s’aimer à la vie à la mort. Cette vie-là était devant eux…

Ils crurent distingué un corps humain sur le sol, devant la maison. Ils crurent que cette femme aux cheveux d’ébènes dormait, mais, la vie s’était déjà échappée d’elle, comme l’eau que contient une main. Ils s’approchèrent et ne purent que constater la vérité. Cette femme, l’épouse de leur ami James, avait déjà appris la nouvelle. Elle avait sûrement déjà appris que son mari avait été découvert sur le bord d’une route. Allongé sur le dos, les yeux vers les Cieux où il se rendait, il s’était endormi. Un pendentif était entouré de ses doigts gelés. Dans ce pendentif, la jeune femme, gisant présentement sur le sol, souriait, la tête sur l’épaule de son compagnon. C’était le jour de leur mariage. Et le lendemain, on célèbrerait leurs funérailles. Leur serment se continuait.

Ce jour-là, on enterra trois âmes. Deux qui s’aimèrent et l’autre qui était le fruit de leur amour. Cet enfant, qui n’avait jamais respiré l’air frais de ce monde profiterait totalement de celui de l’autre monde. La terre accueillit les corps de ceux qui s’étaient aimés et que la guerre avait séparés. Malgré l’amour qu’ils s’étaient portés, ils n’avaient pu surmonter les chimères qui s’étaient emparés d’eux. Ils n’avaient pas pu être aveuglé par l’amour pour oublier toute la souffrance. Ils étaient partis vers un monde où leur amour serait la seule chose qui aurait une véritable place…
__________________
-Exist. | ..Où tu n'existes pas, je n'existe pas non plus..

je t'aime tellement!
Réponse avec citation