l'écrit d'une plume... (Voici le récit d'une plume... dites-moi ce que vous en pensez.. merci )
Je suis auteure, compositeure, poétesse, romancière, philosophe. Dans des mains expertes, j'ai réalisé des chefs-d'œuvre. Dans des mains de débutants, ou d'amateurs, ce sont des ébauches et des brouillons qui sortent de mon bec. J'ai souvent changé de sang, mais j'ai toujours gardé mon âme d'artiste. J’ai également changé maintes fois de propriétaire sans pour autant perdre ma finesse ni ma douceur d'écriture, faisant parfois penser à la caresse d'un pétale de rose.
Bon, je ne cacherai pas plus longtemps mon identité, et, pour ceux qui ne l'auraient pas encore deviné, je suis une plume. Non pas celle de l'oiseau, cet animal parfois lourd et pataud, mais celle de l'élève, de l'amant, du dirigeant ou encore du professionnel, celle qui glisse, légère, sur le papier. Je suis plus qu'un simple objet, ou qu'un outil de travail, je suis un outil à façonner du rêve, oui, vous avez bien entendu. Je peux retranscrire les idées, les songes, puis les retravailler. Bien utilisée, et unie aux bons mots, je peux faire des miracles, causer des chagrins ou être le fondement de disputes.
Mais de tous mes textes, chansons, poèmes ou partitions, il y en a un qui m'a particulièrement touchée. Lorsque je l'ai écrit, mon possesseur était un jeune homme d'environ treize ans. Il m'avait reçu de son père pour son anniversaire, comme cadeau de famille.
Il était éperdument amoureux d'une fille de sa classe, mais, à cause de sa timidité, il ne lui avait encore rien avoué. Chaque soir, avant d'aller se coucher, il s'asseyait à son bureau, me prenait en main et réfléchissait. Il restait là, assis, sans dire un seul mot, sans bouger pendant près d'une heure. Cela durait depuis quelque temps, lorsqu'un jour, enfin, il se décida.
Comme d'habitude, il me prit en main, mais cette fois il écrivit, écrivit encore et encore, de mon bec ne sortaient plus des phrases, mais des vers. J'étais émerveillée, jugez plutôt par vous-même: Le soir, quand les étoiles brillent et que la lune luit,
Le soir, quand les hiboux hululent seuls dans la nuit,
Doucement je sors de mon lit et m'en vais dehors,
Doucement je m'étends dans l'herbe et je m'endors.
Un sommeil profond m'envahit,
Un sommeil profond me garde endormi.
C'est de toi que je rêve sans même le vouloir,
C'est de toi que je rêve sans même le savoir.
Ton rire, tes yeux envahissent mes pensées
Ton rire, tes yeux me font rêver.
Je nous vois tous les deux, main dans la main, heureux,
Je nous vois tous les deux, ensemble et amoureux.
Nous courons, nous rions, dans de vastes pleines,
Nous courons, nous rions, jusqu'à en perdre haleine.
Soudain, nous nous arrêtons, essoufflés, fatigués,
Soudain, nous nous arrêtons sans cesser de nous regarder.
Et là, gentiment, s'achève mon rêve,
Et là gentiment, mes paupières se lèvent.
Sans faire de bruit, je retourne dans mon lit,
Sans faire de bruit, je me suis déjà rendormi.
Certes, ce poème ne valait pas les grands écrits et tout ce qu'il avait écrit n'était pas la réalité, toutefois ce poème, il l'avait composé avec son cœur. Il avait mis tellement d'amour dans ces mots, que je les ai ressentis au plus profond de moi. Puis, il a ensuite préparé une enveloppe sur laquelle il inscrivit l'adresse de sa copine. Ensuite, il me reposa et éteint la lumière. Je sentis un rayon de lune m'effleurer, et m'endormis. Il l'a probablement envoyée, sa lettre, puisque, quelques jours plus tard, devinez qui je vis venir chez lui? Depuis ce jour, les visites devinrent de plus en plus fréquentes. Le temps, pour moi n'avait pas d'importance, car mon ami était en pleine romance. Il m'utilisait encore parfois pour rédiger des documents scolaires, mais plus les mois et les années passaient, plus je le sentais heureux. Enfin, au bout de sept ans, il se marièrent. Il eurent un enfant qui grandit sans problème. Leur amour semblait parfait. Puis, il me légua à son fils, âgé de dix ans. Malheureusement pour moi, celui ci me négligea et m'oublia un jour dans une salle d'attente, chez le dentiste. Un homme passant par-là me recueillit, sans même se demander à qui j'avais pu appartenir.
J'étais reparti pour une vie d'un nouveau style, d'un nouveau rythme. J'étais devenue une arme pour la justice, étant donné que l'homme à qui j'appartenais désormais travaillait dans un bureau d'avocats. Il me laissait sur son bureau le soir et me reprenait le matin sans savoir à quoi je pensais durant son absence. En effet, le soir, quand un clair de lune vient à m'effleurer, je pense au petit garçon qui m'employait autrefois ainsi qu'à tout ce que nous avions vécu ensemble. Et je me dis, il n'était peut-être pas un artiste, un auteur ou un grand écrivain, mais lorsqu'il avait écrit son poème il ne l'avait pas fait avec sa tête, mais avec son cœur. Contrairement à d'autres individus qui le font pour l'argent. Rien que pour cela, je le félicite et le garderai au fond de moi. |