Tu as structuré ton amour, ou plutôt ton désir dans l’absence d’abord puis dans l’attente de cet homme. L’attente, c’est l’essence même de la relation amoureuse. Le manque et la souffrance qui vient avec, c’est déjà de l’amour, c'est peut être même le seul amour qui mérite d'être vécu. Et comme cette attente était puissante, elle a progressivement envahi ton quotidien. Ton discours, tes attitudes, ton envie, ton plaisir ont grandi et sont structurés sur l’attente d’un geste, d’un mot, d’un encouragement de sa part. Sa présence, aussi minime soit-elle, a occulté une bonne partie de tes autres choix puisque tu en arrives à dire que tu ne pourras pas faire évoluer positivement ta relation actuelle avec ton compagnon ou même que tu ne peux plus envisager aucune autre relation naturelle. Tu n’allais plus au travail, tu prenais son train. Dans ce train, tu ne voulais pas voir ou parler avec d’autres que lui. Tu as décodé son regard comme tu le voulais, tu as même trouvé de l’attirance dans sa simplicité et sa confiance. Les gens heureux en amour sont toujours très attentionnés. Et finalement comme tu ne pouvais pas supporter de le voir distant, tu l’as entrepris comme confident. Toujours dans l’émotion, toujours dans l’affectif, toujours avec cette absence de rationalisme propre au coup de foudre, à ces moments précieux et absolus même si le tien est plongé dans un ralenti qui le rend encore plus intenable.
Tu as de la chance d’avoir rencontré un homme qui sait exactement ce qu’il veut. C’est une chance inestimable. Peu importe ses raisons (après tout, il ne veut peut-être pas s’encombrer d’une quatrième maîtresse ou il s’est peut être découvert des aspirations homosexuelles tardives...) Il a réitéré à plusieurs reprises sa sincère amitié à ton encontre. Mais en amour, il existe des leurres qui nous empêchent d’être des monstres. Aujourd’hui tu continues à t’enfoncer. Tu as choisi d’entrer dans l’ère du mensonge. Tu te mens, tu lui mens et tu voudrais qu’il y plonge avec toi ? Pourquoi pas. Tu n’as rien à perdre. Séduis-le, remplis-le de doutes, fais-lui des nuits blanches d’insomnies et d’appréhension sur l'avenir, entraîne-le dans ta danse infernale avec son cortège de faux semblants, de jalousies, de tromperies, de simulacres. Vous tournerez bien en rond tous les deux jusqu’à ce que la musique s’arrête. Je ne sais pas qui pleurera le plus à ce moment là.
__________________ Tout l’or du monde est dans tes yeux, dommage. |