Je crois que tu dois gouverner entre deux mondes.
Le premier, c’est effectivement la timidité et son cortège de doutes. Comme le dit Oddgirl, on ne regrette pas de n’avoir pas aimé, on ne regrette pas d’avoir aimé et d’avoir perdu son amour. Ce qui est le plus dur, la seule chose qui est véritablement une torture, c’est de se dire : j’aurais pu aimer plus et j’ai eu peur, je n’ai pas su. C’est bon de le savoir sans forcer sa nature. Cela me rappelle ces jeux d’enfants, délicats et cruels, où l’on effeuille des pâquerettes : pas du tout, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… Les timides effeuillent toujours deux pâquerettes en même temps, l’une imaginaire, chimérique, extraordinaire et l’autre bien réelle, celle de leurs faits et gestes. Celle là, ses pétales sont toujours un multiple de cinq et se terminent à chaque fois par : pas du tout.
Le second, c’est l’absence de l’autre. Dans ton histoire, l’autre est absent, totalement ou presque et depuis le début. Cette absence de communication, cette attente, cette zone d’ombre sont parties intégrantes du rapport amoureux. Cela en est l’essence même parce qu’autour d’elle et de sa sublimation vont grandir et se structurer le désir, l’envie, le plaisir et finalement les faits et gestes futurs que vous aurez l’un pour l’autre. Le coup de foudre se niche souvent dans ces moments qui renferment une valeur précieuse et absolue mais offrent peu de résistance au rationalisme d’une relation "aboutie". C'est un beau leurre mais sans lui, nous ne serions que des monstres.
__________________ Tout l’or du monde est dans tes yeux, dommage. |