Les deux amants
La Vie avait voulu que leur fortune se trace
Un soir d’été à la voûte étoilée
Que là, au milieu d’une foule folle et agitée
Doucement leurs existences s’entrelacent
Elle déambulait en nuitée dans une foule sans visage
Fleur fanée dérivant lentement dans les méandres
Robe de lin blanc et discret corsage
Portant en ses mains plateaux garnis de pains et de viandes
Il était le roc au milieu de toutes ces panses en ripaille
Lointain rêveur au banquet des fols
Les yeux noyés dans l’infini de la nuit aux étoiles d’émail
Préférant à l’abondance des mets l’élégance d’une chouette en vol
Tout était bruit, tout était abondance et folie
Pantins à leur table, se réjouissant de leur bonne vie,
Riaient et s’enivraient de l’essence du confort
De la facilité, mettant leurs esprits à mort
Fendant de ses pas les gigues endiablées, les fioritures de bacchanales
Elle s’avança à sa table pour y déposer quelque nourriture
Il quitta des yeux les frêles plumes de l’oiseau nocturne
Pour se poser sur les blanches mains dont la pureté en était l’égale
Leurs regards se croisèrent et dans le silence d’un temps suspendu
Ils se dévisagèrent longuement, comme si leurs yeux l’avaient toujours voulu
Et autour d’eux la foule s’était perdue dans le vent d’été
Ils étaient seuls, sous le cristal de ce moment éthéré
Puis, comme une sinistre mécanique, le Temps avait repris sa course impitoyable
Il l’avait vue, impuissant, détacher son regard du sien avec douleur
Et se perdre de nouveau parmi cette masse de badauds méprisable
Engloutissant les reflets de sa robe blanche, frêle fleur
Il était revenu le lendemain, et chaque soir suivant
Le cœur tremblant, l’esprit palpitant
Espérant la voir et se gorger de sa vue
Comme on boit l’eau à une source bienvenue
Et elle, pauvre âme ballottée dans ce vacarme de rires sans vie,
Priait chaque soir pour sa venue et le cherchait en vain dans la masse
Elle l’attendait, lui, cette lumière parmi les ombres, son regard infini
Confiant ses rêves et ses espoirs frémissants au vent qui passe
Et tandis que leurs cœurs se désiraient, leurs yeux ne se voyaient pas
Pourtant fleurissait en leur esprit un espoir ingénu
Un bouquet d’émotions aux parfums enivrants qui leur étaient inconnues
Et la certitude à la fois douce et fébrile que l’autre était là
Or un soir – Le destin s’était-il lassé de se jouer d’eux ? – ils se virent de nouveau
Et, une fois de plus, une vague grondante d’émotion engloutit les badauds
Les laissant seuls, portés par le courant de leur amour,
Se rapprocher l’un de l’autre à pas doux, presque hésitants, le souffle court
Et là, l’instant éternel fleurit à nouveau dans l’air du soir enivrant
Avec la délicatesse d’enfants timides, la passion des amoureux
Leurs souffles se mêlèrent et d’un baiser immortel fut scellé le destin des amants
Deux âmes brûlantes qui aussitôt s’envolèrent vers les cieux
Pour ne plus en revenir …
__________________ Je viens du ciel et les étoiles entre elles ne parlent que de toi ... |